A Voix d'Ailes (Il se cache quelque-chose...)

Projet de création Automne 2022

Echos, cheminements et résonnances, entre les mots d’une clowne équilibriste, la voix d’une chanteuse de Dhrupad et la voix d’une équipe de gallinacés

Conception, écriture et jeu :
Johanna Gallard / Fourmi
Inspiratrices et partenaires de jeu :
Ariane, Saqui, Janis, Sélène, Kali, Falkora, Mouche et Lilith (poules)
Chanteuse Dhrupad : Florence Morfoisse, dite Shivala

Spectacle tout public dès 7 ans
Durée envisagée : 50mn
 
Une Création de la Cie Au Fil du vent, Production et partenaires (en cours)
En tournée : 2 artistes, 1 technicien et 8 poules
Ce spectacle nécessitera une proximité certaine avec le public, installé sur des modules de gradins en bois (fournis par la Cie)
 

La voix de la clowne, et le processus d’écriture

L’idée est de déployer un travail d’écriture amorcé pendant le confinement sous forme de correspondance épistolaire, entre Fourmi et ses voisins. Des éléments concrets de la nature, des observations, feront échos à des grands thèmes « métaphysiques » tels que la vie, la mort, le temps qui passe, l’étrangeté, la peur, l’amour, l’illusion, les rêves et les cauchemars, ce qui nous limite, ce qui nous libère…
L’envie est de poursuivre ces correspondances dans le cadre des résidences de travail avec des habitant.e.s proches du lieu d’accueil ou d’autres personnes rencontrées, au fil des cheminements de cette création. Ces écrits permettront de préciser peu à peu le langage de la clowne et de les replacer dans des contextes vécus par tout un chacun.
Ces paroles resteront simples dans leur formulation et questionneront notre humanité en interaction avec ces oiseaux de la terre que sont les poules.
Les enregistrements des voix des poules, en créant un espace sonore mêlé à leurs voix sur le plateau, participeront au fait de leur donner un statut d'être à part entière...Le public découvrira par ce biais leur sensibilité et leur personnalité. Leur seule présence sera plus importante que ce qu'elles feront.
 
Des chants d’oiseaux viendront en « dialogue » avec les sons des poules.
L’univers circassien sera également prétexte, au travers de mises en situation d’équilibre sur objets, à explorer la prise de parole en équilibre précaire.

Le cheminement du clown et ses expressions
 
« Voilà 5 années que le clown a pris une place prépondérante dans ma vie. 5 années à sillonner les routes de France avec les spectacles « L’Envol de la Fourmi » et « Danse avec les poules ». Moi qui ai arpenté de long en large l’espace du fil pendant 30 ans, sans jamais en trouver le bout, la suite était finalement un chemin de traverse…Et j’ai découvert que nous pouvons être partout comme sur un fil…en étant clowne…dans une recherche d’équilibre et une fragilité permanente.  
Et voilà 5 années de passées en compagnie de Fourmi, être sensible, délicate et maladroite, qui continue de me surprendre chaque jour. Continuer le voyage avec elle est devenu une évidence, tant elle m’amène là où je n’aurais jamais pensé aller et tant ses rencontres avec le public sont intenses et riches…Le langage du corps rempli de ses émotions reste son langage principal, mais une envie nouvelle a pris de plus en plus de place au point de devenir une nécessité : prendre la parole. Pour dire quoi ? Qu’y a-t’il de plus important que le silence ? Peu importe, on trouvera bien…car c’est surtout important de pouvoir dire.
Ce nouveau mode d’expression de l’être intérieur, qui part du vide pour aller vers l’autre, vers la lumière, lui ouvre en grand de nouvelles portes, ce dont elle est avide et curieuse (tout en étant très intimidée). 
Les mots sont avant tout des sons et des sens dont on peut se jouer et ils parlent des préoccupations de chacun.e.s. Ils touchent au cœur et sont une façon de pouvoir affirmer des points de vues singuliers, de trouver sa place en dehors des chemins habituels. La langue est riche et complexe, et c’est un terrain de jeu infini.
C’est aussi la seule façon de pouvoir partager tout ce que les poules ont à nous dire elles aussi.
Car les poules font désormais complètement partie de la vie de Fourmi. Elles sont devenues inséparables, complices de chaque instant. Cette confiance mutuelle est précieuse et permet d’envisager cette nouvelle aventure tout en révélant de nouveaux aspects de cette collaboration artistique bien atypique.
 
J’ai ainsi décidé de me remettre de nouveau « en jeu » en tant qu’artiste, et de laisser parler cette petite voix à l’intérieur qui me crie chaque jour qu’elle veut continuer à vivre, avec un besoin urgent de pouvoir rire de tout et surtout de soi-même, au beau milieu de toutes les violences et de tous les troubles de notre société. A l’image de celui de l’être humain, le chemin du clown est infini, ardu et complexe, et je m’aventure aujourd’hui vers un nouvel inconnu, au bonheur des mots. Peut-être aussi pour soulager un peu les maux… » Johanna Gallard

La démarche de collaboration avec une équipe de poules
 
« Car les animaux ne sont pas seulement dignes d'une attention infantile ou morale : ils sont les co-habitants de la terre avec lesquels nous partageons une ascendance, l'énigme d'être vivant, et la responsabilité de cohabiter décemment. Le mystère d'être un corps, un corps qui interprète et vit sa vie, est partagé par tout le vivant : c'est la condition vitale universelle et c'est elle qui mérite d'appeler le sentiment d'appartenance le plus puissant ».
Baptiste Morizot, in « Manières d’être vivant, enquête sur la vie à travers nous ».

Si les poules ont une vie heureuse, elles peuvent nous rendre heureux...

La poule c’est un oiseau, un oiseau qui en rentrant dans la « basse-cour », en étant domestiquée et trop bien nourrie pour la rendre plus productive en oeufs, s’est transformée et a perdu la capacité de voler. Elle est devenue un oiseau non du ciel mais de la terre, un gallinacé qui ne compte pas ses pas…. Elle passe son temps à creuser, à retourner la terre à la recherche de multiples trouvailles. Elle est la proie de multiples prédateurs et elle est réputée pour être bête ! Elle a un mode de vie simple, mais on connaît mal sa sensibilité, sa mémoire, ses multiples caractères. Chaque poule a sa propre personnalité, des aptitudes physiques et des réactions émotionnelles différentes, et le jeu d'acteur s'adapte toujours en fonction de ses idées et de ses envies.
Souvent mal considérées, voir maltraitées, les poules auront cette fois un statut à part entière, le processus de création prenant en compte leurs spécificités et s’adaptant à leur rythme de vie et à leurs envies. 
Cette collaboration originale est basée sur l’observation, l’écoute, la sensibilité, et la confiance, et ce avec une complicité et un respect mutuel qui permettent de découvrir autrement ces êtres sensibles et à la personnalité de haut vol ...
Nos partenaires à plumes, ont un statut d’artistes à part entière. Loin du « dressage » habituel, elles sont de véritables partenaires de jeu qui peuvent, au cours du parcours qu'elles aiment arpenter, en toute liberté, n’en faire qu’à leur tête...
 
« Par "crise de la sensibilité", j'entends un appauvrissement de ce que nous pouvons sentir, percevoir, comprendre, et tisser comme relations à l'égard du vivant. Une réduction de la gamme d'affects, de percepts, de concepts, de pratiques nous reliant à lui (…). Cet appauvrissement de l'empan de sensibilité envers le vivant, c'est-à-dire des formes d'attention et des qualités de disponibilité à son égard, est conjointement un effet et une part des causes de la crise écologique qui est la nôtre ». Baptiste Morizot, in « Manières d’être vivant, enquête sur la vie à travers nous ».

La voix du Dhrupad

J’ai découvert l’existence du chant Dhrupad il y a de cela quelques années, en rencontrant Shivala, habitante d’un petit village perché dans les Hautes-Alpes. Fascinée par cette voix hors du temps, délicate et profonde, je me suis mise à le pratiquer et ce de plus en plus intensément depuis un an et demi. Cela me permet peu à peu de mieux connaitre cet art ancestral et d’appréhender ses multiples facettes.
Ce chant entre en résonnance très forte avec mes besoins et mes préoccupations actuelles. Les moments musicaux chantés ponctueront les tableaux entre la clowne et les poules. L’idée est également de chercher les liens possibles entre l’univers musical de Shivala, l’univers sonore des poules et le chant des oiseaux, qui se font écho de façon très sensible.
 
Le Dhrupad est la forme originelle de la musique classique indienne. Sa pureté a été préservée grâce à une tradition ininterrompue de maîtres. La forme et le concept du Dhrupad, sont nés autour de 1100 - 1200 après JC, bien que son origine puisse remonter à l'âge védique (la période védique étant, par définition, celle où s’est développée la littérature védique, on peut la situer à partir du 2ème millénaire avant JC).
Une prestation musicale en Dhrupad commence par la note clé d'une gamme, à partir de laquelle le thème musical graduellement et lentement se développe, au cours d'une improvisation. Puis, gagnant en intensité, elle s'accompagne souvent d’une percussion appelée pakhawaj, jouant des cycles rythmiques spécifiques. Comme dans toute musique classique indienne en général, un concert est toujours accompagné par un instrument appelé tampura. Cet instrument pose une atmosphère remplie de quiétude et de sérénité et tisse comme un fil vibratoire accueillant. La base musicale du Dhrupad est une grande collection de gammes micro-tonales, proches des harmoniques de la nature. C’est peut-être pour cela entre autres que cette musique me touche tant, car elle arrive à faire ressortir des sentiments enfouis, inexprimables, à la fois très humains, très universels et proches de l’essence du vivant, et de nos origines oubliées. Difficile de décrire ces sensations nouvelles, c’est une expérience à vivre…
 
Les ragas
Les Ragas sont des formes de pièces musicales qui constituent le Dhrupad et ont chacune leur gamme spécifique et leur sentiment propre. Il y a environ 150 ragas utilisés en Inde aujourd'hui, alors qu'il y en avait environ 300 initialement. Beaucoup de ragas sont également liés à des moments précis de la journée et aux saisons, quand ils sont le plus en phase avec les rythmes de la nature. Par conséquent, il y a des ragas du matin, du soir, de la nuit et du printemps, de la pluie etc.Ce sont les relations ainsi que les glissements corrects entre les notes spécifiques d'un raga, d’une impressionnante précision, qui rendent sa manifestation possible. Comme chaque note dans une gamme a une relation unique et particulière avec les autres, nous observons qu'elles ont aussi leurs propres personnalités. La relation entre ces personnalités crée une atmosphère globale, une ambiance particulière, un sentiment unique que nous appelons un raga, et qui est une manifestation des vibrations des lois de la nature.

Voir le site de Shivala : http://www.dhrupadmusic.com/fr/index.html

« Un matin de printemps, en écoutant ce merle chantant de tout son cœur de merle, je me suis dit : il m’arrive quelque chose (…). Qu’est-ce que ce chant a touché chez moi pour qu’il dirige mon attention sur lui ? Je me suis rendu compte qu’il arrivait à point nommé dans ma réflexion sur la question des animaux. Je la voyais de plus en plus entrer dans la vie des gens, et dans la mienne, mais pas comme une position intellectuelle : elle entre ailleurs, elle touche du vital, je crois qu’elle dit notre goût et notre inquiétude pour le monde. Nous éprouvons un sentiment d’étrange familiarité, nous nous confrontons à la différence tout en ressentant quelque chose de commun (…) Et il nous faut du courage pour oser dire que les oiseaux connaissent l’espoir ou ont du courage». « Habiter en oiseau » Vinciane Despret, philosophe
 

Veuillez tourner votre appareil.