Avignon et moi, Brigitte Corrigou, Etre vivant

Un OVNI créatif d’une grande poésie qui soulève la "Gallus gallus domesticus" à hauteur d’homme et de femme et duquel on ne ressort pas indemne. Un spectacle à mi-chemin entre le théâtre de clown, le cirque, une forme d’opéra animalier ou un conte pour enfants.

Sur le plateau, une drôle de cabane qui n’est pas sans nous rappeler le "Château ambulant" de Miyazaki, et qui semble s’animer toute seule. La propriétaire, c’est Fourmi la clown, et elle y habite avec ses amies- oiseaux de voyage, des poules, avec lesquelles elle a beaucoup de choses à partager.
De vraies poules, pas des marionnettes, avec chacune sa personnalité !
Dès les premiers instants du spectacle, c’est le motif du Vivant qui s’impose à nos yeux d’adulte. Un enfant y percevra autre chose, à n’en point douter, et c’est très bien ainsi.
" On vous donne à manger, vous nous offrez des oeufs, et on vous bouffe (..). Vous êtes tout au bas de l’échelle, derrière, il y a encore les palourdes, mais c’est tout (..). On sait pas quand vous avez arrêté de voler exactement, et vous êtes des dinosaures, des animaux préhistoriques (..). Peut-être que vous étiez des dragons, et vous avez préféré arrêter de voler pour venir vivre dans nos jardins (..). Pourquoi ? ".
Ce spectacle écrit à quatre mains par Johanna Gallard, en collaboration avec François Cervantès de la Compagnie l’Entreprise, c’est un pur moment de bonheur. Les lectures y sont multiples, à bien y regarder. Le savoir-faire de Johanna Gallard, artiste formée aux Arts du cirque d’Anne Fratellini et Pierre Etaix, rayonne avec douceur et élégance tout au long de la représentation.
On aimerait que cette dernière dure bien davantage, tant l’ensemble est harmonieux et le message qui nous est transmis très fort. Certes, la comédienne ne nous donne pas de réponse quant à ce fameux rapport au Vivant déjà évoqué plus haut, mais la dramaturgie sensible, confortée par une scénographie taillée au cordeau et un magnifique décor, résonnent longtemps à nos oreilles en soulevant de profondes interrogations.
Certes, un enfant de cinq ans y trouvera un bien joyeux divertissement, d’autant que l’animal en question est peu commun en spectacle. Les acrobaties de la comédienne avec ses poules chevauchant son dos alors qu’elle ondule au sol avec délicatesse, lui rappelleront celles des chats ou des chiens vues à la TV, ou au cirque.
L’adulte y percevra sans conteste, une dimension philosophico-existentielle de la plus belle teneur:
"Avant de vous connaître, j’allais tout droit. J’étais sur un fil.
Une poule, est-ce que ça peut être amie avec une autre poule?
Est-ce que ça ressent des sentiments?
Saluons aussi le travail de l’artiste plasticienne Marieke de l’Atelier Terra Rêve, ainsi que Laurent Morel et Eric James pour les décors de la cabane dans laquelle on aimerait bien pénétrer nous aussi, à la fin de la représentation, en compagnie de l’artiste et de ses poules, notamment pour vivre "autrement", en plus grande intelligence avec l’animal.
"Être vivant", c’est aussi, et surtout, un clin d’oeil en XXL sur l’imprévisibilité de l’existence et ses impondérables car, avec des poules, l’acte créatif peut varier à chaque instant et basculer hors du "prévu" ! Dans ce cas, il faut faire avec. Mais Johanna Gallard sait "faire" !! Avec Ariane, GrandePapatte, Juline, Akka, Moon, Chinook, Barbara, Saqui, Loulou, Edwige, Micro, Jeanne et Galic, elle "fait" avec professionnalisme, talent et grande poésie.
Le geste de douceur avec lequel elle soulève ses poules pour les prendre auprès d’elle est une allégorie d’un chemin que nous devrions toutes et tous prendre vis-à-vis de l’animal pour le considérer bien plus qu’il ne l’est !

Brigitte Corrigou, Avignon et moi, Octobre 2025

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